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Labo Adcost-elliadd

LES ACTEURS DU DISCOURS : DE L’ÉNONCIATEUR À L’ACTEUR SOCIAL

COLLOQUE INTERNATIONAL
Université de Franche-Comté
Besançon, 11 et 12 juillet 2016
A l’initiative du laboratoire
ELLIADD-pôle DTEPS (Discours, Textes, Espaces Publics, Société)

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Appel à communications

A l’intersection des sciences du langage, de la communication, mais aussi des autres sciences sociales, ce colloque propose d’interroger ce que l’on entend par les « acteurs » du discours : que partagent l’acteur social, et son double en discours, l’énonciateur et/ou le locuteur ? Les acteurs sociaux, individuels ou collectifs, se construisent et sont construits en discours, tout en cherchant à agir sur le monde par le discours. Se consacrant à des analyses fines des faits langagiers, l’Analyse du Discours a pu avoir tendance à négliger la réalité sociologique des acteurs sociaux, au profit de l’observation d’énonciateurs désincarnés. A l’inverse, les sciences sociales ont pu étudier la construction de catégories d’acteurs sans nécessairement prendre en compte la complexité des phénomènes discursifs par lesquels ils sont catégorisés en discours. Dans un cadre interdisciplinaire, ce colloque propose donc d’étudier les acteurs sociaux par le prisme fin du discours, sans négliger la complexité des enchâssements discursifs et faits langagiers, et sans non plus réduire l’acteur à un élément contextuel des corpus : par le discours les acteurs disent, agissent, interagissent, et, ce faisant, contribuent à structurer l’espace social. C’est ainsi la relation entre faits langagiers et mouvement des acteurs sociaux qui sera questionnée dans ce colloque.

    • AXE 1 : LES SUJETS DU DISCOURS ENTRE LIBERTE ET DETERMINATIONS

      Dans un contexte théorique marqué par le marxisme althussérien, et dans une moindre mesure par la psychanalyse, l’Analyse du Discours française s’est d’abord construite dans l’idée de révéler à partir de l’analyse de textes l’idéologie qui les détermine. Les corpus à l’étude étaient pensés comme à la fois révélateurs et prisonniers d’une formation discursive homogène, caractérisée par ses conditions de production (Pêcheux & Fuchs 1975).

      Si les cadres théoriques et idéologiques des multiples approches discursives contemporaines ont largement évolué, la question du sujet parlant et de sa puissance d’agir par le discours (Butler 1997) reste peu problématisée : les corpus et les énoncés sont analysés en eux-mêmes, renvoyant leurs sources à des « instances discursives » désincarnées. Les diverses réappropriations de la notion de dialogisme (Bakhtine 1952) incitent notamment à des analyses fines de l’enchâssement des énonciateurs au sein d’un énoncé, ou bien à l’étude de la circulation de façons de dire dans les discours publics, sans pour autant que le degré de liberté des acteurs vis à vis de leurs productions ne soit nécessairement interrogé. L’approche ethnométhodologique de la parole (sociolinguistique interactionnelle, analyse conversationnelle) a pu aborder pour sa part les pratiques langagières du point de vue de l’intentionnalité et des stratégies des acteurs en interaction, mais en laissant souvent de côté la dimension historicisée et intrinsèquement politique des productions langagières. Nombre d’études tentent aujourd’hui de dépasser cette binarité d’approches en pensant le discours comme étant à la fois déterminé par son historicité et potentiellement subversif, et en mettant en regard parole collective et parole individuelle : comment cette imbrication de points de vue peut-elle être mise empiriquement à l’œuvre ? Et comment penser l’articulation entre les énonciateurs d’un texte étudié en lui-même et les acteurs sociaux qui en sont à l’origine ? A partir d’études empiriques, les communications proposées pourront notamment tenter de répondre aux interrogations suivantes :

      - Enonciateurs et acteurs : comment articuler des analyses discursives fines s’intéressant par exemple à l’entrelacs des instances discursives au sein d’énoncés, sans occulter leurs sujets en tant qu’acteurs sociaux, les dynamiques extralinguistiques à l’œuvre, et les effets du discours sur les pratiques sociales ?

      - Déterminations et libertés : sans renier l’héritage des premiers temps de l’Analyse du Discours, comment penser les discours comme à la fois contraints par du déjà-dit et par l’inconscient du sujet, sans pour autant nier la capacité d’agir des acteurs sociaux, les glissements discursifs et la dimension potentiellement subversive de la parole ?

      - Grands corpus et sujets parlants : comment appréhender des « grands corpus » représentatifs de la construction de moments discursifs publics (Moirand 2004) tout en s’intéressant aux individualités qui en sont à l’origine, et à la parole des acteurs non légitimes ?

    • AXE 2 : LA CONFIGURATION DES ACTEURS SOCIAUX DANS LE DISCOURS

      Le discours est un lieu de configuration des acteurs sociaux, un espace où ils se dotent et où on les dote d’une consistance sémiotique à même de les instituer comme « sujet porteur d’une signification et d’une consistance de médiation dans l’espace public » (Lamizet 2002 : 190). Ce faisant, le discours structure l’espace social en proposant/imposant une place et un statut aux acteurs sociaux. Le discours s’impose ainsi comme une variable active des dynamiques sociales de configuration des acteurs sociaux, qu'ils soient collectifs ou non (Cefaï 1996). Autrement dit, ces acteurs sont engendrés par des activités de description, de narration ou/et un processus de catégorisation (Trom 2001).

      Cet axe encourage, dans le cadre d’études empiriques, à penser les concepts, les outils et les méthodes à mobiliser pour analyser la configuration des acteurs dans les discours principalement médiatiques et politiques. Ces derniers sont également à envisager comme les produits de dynamiques professionnelles et sociales qu'il convient de ne pas mettre de côté. Ainsi, les propositions qui veilleront à articuler la dimension discursive avec ces dynamiques seront particulièrement appréciées. Par ailleurs, les études qui portent sur les mobilisations collectives et la configuration des problèmes publics sont encouragées (Orkibi 2015). Ces pistes de réflexion non restrictives pourraient s’inscrire dans cet axe thématique :

      - Les modalités langagières et discursives de construction et d'institutionnalisation des acteurs sociaux et les négociations dont elles sont l'objet, par exemple à travers les nécessités pour les scripteurs de s'inscrire dans des genres, des formulations plus ou moins figées, ou des routines discursives (Née, Sitri & Veniard 2014).

      - La notion d’ « ethos collectif » (Chabrol 2006) dans le cadre d’une analyse des processus de « visibilité » (Voirol 2005) et de « reconnaissance » (Honneth 2007) des acteurs sociaux.

      - La question de la représentation de l’acteur dans le discours en tant qu'elle relève d’une « question grammaticale » (Van Leeuwen 2009 : 34). L’agentivité relève en effet à la fois d’une notion linguistique et sociologique sans que les deux ne se recouvrent (Koller 2009).

Références bibliographiques citées

Bakhtine M., [1952] (1984), Esthétique de la création verbale, Paris, Gallimard

Butler J., [1997] (2004), Le pouvoir des mots, Discours de haine et politique du performatif, Paris, Editions Amsterdam

Cefaï D, 1996, « La construction des problèmes publics. Définitions de situations dans des arènes publiques », Réseaux, 75, 43-66.

Chabrol C., 2006, « Sujets sociaux et médias : débats et nouvelles perspectives en sciences de l’information et de la communication », Etudes de communication, 10, 157-179.

Honneth A., 2007, La lutte pour la reconnaissance, Paris, Cerf.

Koller V., 2009, « Analyser une identité collective en discours : acteurs sociaux et contextes », Semen. Revue de sémiolinguistique des textes et des discours, 27, 69-96.

Lamizet B., 2002, Politique et identité, Lyon, PUL.

Moirand S., 2004, « L’impossible clôture des corpus médiatiques ou la construction des observables entre catégorisation et contextualisation », TRANEL, 40, 71-92

Née E., Sitri F. & Veniard M., 2014, « Pour une approche des routines discursives dans les écrits professionnels », Congrès Mondial de Linguistique Française, Berlin, 19-23 juillet 2014, [en ligne] http://www.shs-conferences.org/articles/shsconf/abs/2014/05/shsconf_cmlf14_01195/shsconf_cmlf14 _01195.html

Orikibi E. (ed.), 2015, « Le(s) discours de la mobilisation », Argumentation et analyse de discours, 14.

Pêcheux & Fuchs 1975, « Mises au point et perspectives à propos de l'analyse du discours », Langages, 37, 7-80

Van Leeuwen T., 1996, « The representation of social actors », in Caldas-Coulthard C.R. & Coulthard M. (eds), Text and Practices: readings in critical discourse analysis, London, Routledge, 32-70.

Trom D., 2001, « Grammaire de la mobilisation et vocabulaire de motifs », in Cefaï D. & Trom D. (dir.), Les formes de l’action collective. Mobilisations dans les arènes publiques, Paris, Éditions de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, 99-134.

Voirol O., 2005, « Visibilité et invisibilité : une introduction », Réseaux, 129-130, 9-36.

Conférencier-e-s invité-e-s

Johannes Angermuller enseigne au Centre de Linguistique Appliquée de l'Université de Warwick, et est rattaché au Centre d’Etudes des Mouvements Sociaux de l’EHESS (Paris). A l’intersection de la linguistique et de la sociologie, il est l’auteur de nombreux ouvrages dont, récemment, The Moment of Theory. Rise and Fall of Structuralism in France (2015, Continuum Ed.) et Analyse du discours poststructuraliste. Les voix du sujet dans le langage chez Lacan, Althusser, Foucault, Derrida, Sollers (2013, Lambert Lucas).

 

Juliette Rennes est rattachée au Centre d’Études des Mouvements Sociaux de l’EHESS (Paris). En 2007, elle publiait l’ouvrage Le mérite et la nature. Une controverse républicaine, l’accès des femmes aux professions de prestige (1880-1940) (Fayard). Aujourd’hui, ses travaux encouragent notamment à repenser la sociologie de la mobilisation au prisme du discours, de la controverse et de l’argumentation.

Comité scientifique

Ruth AMOSSY (Université de Tel-Aviv)

Johannes ANGERMULLER (University of Warwick/ Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales)

Julien AUBOUSSIER (Université de Franche-Comté)

Marion BENDINELLI (Université de Franche-Comté)

Cécile CANUT (Université Paris Descartes)

Séverine EQUOY-HUTIN (Université de Franche-Comté)

Isabelle GARCIN-MARROU (Institut d’Etudes Politiques de Lyon)

Marc GLADY (Université Paris Dauphine)

Corinne GOBIN (Université Libre de Bruxelles)

Isabelle HURE (Université de Franche-Comté)

Alice KRIEG-PLANQUE (Université Paris Est Créteil Val de Marne)

Virginie LETHIER (Université de Franche-Comté)

Sandra NOSSIK (Université de Franche-Comté)

Claire OGER (Université Paris Est Créteil)

Rachele RAUS (Université de Turin)

Juliette RENNES (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Paris)

Hélène ROMEYER (Université de Franche-Comté)

Philippe SCHEPENS (Université de Franche-Comté)

Aurélie TAVERNIER (Université Paris 8)

Theo VAN LEEUWEN (University of Southern Denmark)

Jean-Marie VIPREY (Université de Franche-Comté)

Galia YANOSHEVSKY (Université Bar-Ilan, Tel-Aviv)

Comité d’organisation

Julien AUBOUSSIER (Université de Franche-Comté)

Isabelle HURE (Université de Franche-Comté)

Virginie LETHIER (Université de Franche-Comté)

Cyrielle MONTRICHARD (Université de Franche-Comté)

Sandra NOSSIK (Université de Franche-Comté)

Adèle PETITCLERC (Université de Franche-Comté)

Programme

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